« Ne soyez pas des spectateurs. Osez! Votre bien-être dépend de vous. » – Harry Acha, Generation Change

Generation Change est un mouvement, un état d'esprit, une génération de citoyens camerounais qui, d'après leur site web "œuvrent pour le changement, d’abord de soi, et ensuite de son environnement." Harry Acha, représentant et membre actif sur le terrain nous en parle...

Bonjour Monsieur Acha, Génération Change est un mouvement de citoyens Camerounais œuvrant dans les villes de Yaoundé. On compte à ce jour, la construction d’un pont, d’une école, le nettoyage de plusieurs quartiers, etc…  Comment vous est venue l’idée de créer un tel projet ?

GC (Generation Change, ndlr) est honoré par l’opportunité que vous lui donnez de partager avec les Camerounais à travers votre médium. Votre site se démarque depuis sa création du fait d’accorder une place importante aux actions de jeunes Camerounais et à la protection de l’environnement. GC vous en félicite.
Vous demandez comment nous est venue l’idée de créer le projet GC…
Aucun individu n’a crée le projet GC. Le projet GC est un existant latent mais permanent dans tout contexte où le citoyen est dépourvu de tout action directe, pouvant orienter la destinée du collectif. Dans un tel contexte, les peuples ne se rendent plus compte QU’ILS PEUVENT dès QU’ILS VEULENT. C’est le cas au Cameroun. Les Camerounais veulent des ponts, des salles de classe, des rues propres… mais semblent ne pas savoir qu’ils peuvent activer des processus leur permettant d’obtenir ce qu’ils veulent. Or ce sont ces mêmes Camerounais qui mobilisent des fonds pour des «coups de cœur» (1994) ou pour construire des foyers pour des réunions de villages que nous voyons partout dans nos villes.
De ce fait, le projet GC n’est pas celui de quelques individus que ce soit, mais la décision de tous ceux qui décident de ne pas/plus être des observateurs passifs de la détérioration systématique des infrastructures, de l’environnement et de mœurs publiques.

Comment faites-vous pour réunir les gens autour de vous pour réaliser vos actions sur le terrain ?

Nous leur demandons s’ils veulent. Et s’ils acquiescent, nous leur disons alors qu’ils peuvent. Les Camerounais aiment avoir le sentiment que leur pays leur appartient. Les projets auxquels vous faites allusion n’appartiennent pas à GC. Ils appartiennent aux communautés qui les ont réalisés. Les populations participent à la conception du projet, à la mobilisation des ressources, à la réalisation et au suivi des comptes.

 

Conséquence… ils aiment ces réalisations, ils les protègent et veulent en réaliser d’autres et plus grandes. Alors, ce n’est pas GC au sens propre qui réunit des gens autour d’elle. Les Camerounais se réunissent autour d’une façon de faire et d’une façon d’être, autour d’une vision de la responsabilité citoyenne et autour d’un paradigme différent du rapport citoyen-état.

 

 

 

Pensez-vous que l’État a failli à son rôle, qu’il y a une rupture entre les citoyens et les dirigeants ?

GC n’est pas dans cette logique de réflexion. GC constate et agit. Lorsque dans un quartier de Yaoundé, ce qui tient lieu de pont sur un cours d’eau est un vieux morceau de bois, et qu’une demi douzaine de personnes y ont perdu la vie, les riverains ont deux options… au moins :

a. Ils peuvent attendre l’État ou la mairie
b. Ils peuvent décider de construire un pont digne.

Dans le premier cas de figure, ils pourraient attendre longtemps. D’ailleurs, on dit que «le temps de l’État n’est pas le temps du peuple».
Dans le deuxième cas, ils décident de le faire, et ils le font, comme on dit: «là là là». Et surtout, ils n’ont pas à remercier qui que ce soit.
Si cela équivaut à une faillite de l’État dans son rôle ou d’une rupture entre les citoyens et leurs dirigeants, nous n’en savons rien.

Les Camerounais se réunissent autour d’une façon de faire et d’une façon d’être, autour d’une vision de la responsabilité citoyenne et autour d’un paradigme différent du rapport citoyen-état.

Pourquoi  avoir choisi la ville de Yaoundé? Opérez-vous dans d’autres villes ?

GC n’agit pas seulement à Yaoundé. GC est présente sur toute l’étendue du territoire national et partout où se trouvent les Camerounais ayant conscience de l’importance et de l’urgence d’un changement de comportement et du sens de la responsabilité citoyenne. Ces Camerounais là, nous les appelons des « Nouveaux Types de Camerounais » (NTC).
Nous parlions plus haut de salles de classe, de ponts etc. A GC, nous appelons ces ouvrages là, des chantiers physiques. Permettez-moi d’ajouter que nous avons trois types de chantiers:

  • chantiers physiques (infrastructures),
  • chantiers de cœurs (actions caritatives) et
  • chantiers intellectuels (des réflexions et conférences).

Alors, il est vrai que la majorité de chantiers physiques sont à Yaoundé, mais nous agissons bien au-delà : À Douala, nous avons réalisé des travaux de nettoyage et avons offert des dons à des centres de santé. À Nkongsamba, nous envisageons des chantiers physiques etc.
De belles actions sont aussi à l’actif de GC en France, en Angleterre, en Belgique, au Canada, aux États-Unis et plus récemment en Italie, bref… partout où les Camerounais se trouvent.

Fontaine (Avant)
Fontaine (Après)
Construction du pont « PONT NAGE GLISSE » à Biyem Assi, quartier de Yaoundé

Une bonne partie des Camerounais attendent que l’Etat agisse et change la situation actuelle du pays, Pourquoi ne pas attendre comme eux ?

Pensez-vous qu’il y a un problème avec la situation actuelle du pays ? Hahaha! En matière d’amélioration de l’espace social, politique, environnemental, quand on veut, et on peut, ne rien faire est irresponsable. Pourquoi attendre que quelqu’un nous apporte le changement en son temps et à son bon gré… nous obligeant ainsi à lui être redevable quand nous pouvons, par nos propres efforts, nous déployer et ainsi réaliser le changement que nous souhaitons ? On ne peut plus manger le nouveau type de camerounais dans des sauces préparées avec des vielles marmites. La nouvelle génération de Camerounais, dans laquelle émerge le NTC, veut sa chose «là là là». Il n’attend pas. C’est une génération qui va vite. Il est donc question d’être en phase avec l’évolution socio-mentale. Quand la CRTV a annoncé un nouveau gouvernement français avant Macron, les populations n’ont pas attendu que cette chaîne vienne faire le rectificatif. Elles l’ont su par d’autres moyens. Oui, d’autres moyens… Parce que ça va vite. Alors, «pourquoi ne pas attendre comme eux?»… GC essaye juste d’être en phase… En employant des méthodes conformes aux NTC. Vous auriez posé la question de savoir ce qui explique la grande adhésion à la vision GC, que vous auriez eu la même réponse que ce qui précède… ÊTRE EN PHASE!

GC est dépendante de la bonne volonté et de la détermination des Camerounais.

Collaborez-vous tout de même avec des entités administratives ou êtes-vous  réellement indépendant ? Est-ce une tâche facile d’accomplir vos actions ?

Les entités administratives ont pour vocation d’œuvrer pour le bien-être des populations. Elles remplissent cette mission à leur rythme. Les populations ont des besoins plus ou moins urgents.  Il arrive que l’urgence que la population peut attribuer à un besoin ne cadre pas avec le rythme de l’administration.  C’est là que la génération agissante se meut. Elle dit «je veux», «je peux», «c’est bien», «c’est juste» alors, «je le fait». Lorsque GC construit son premier pont, le besoin était réel, l’administration, j’imagine, voulait qu’un pont soit sur ce cours d’eau… sauf que cela avait attendu un décennie et de pertes en vies humaines. Alors, vous parlez de collaboration… GC parle de solutions. GC est-elle indépendante? GC est dépendante de la bonne volonté et de la détermination des Camerounais. GC est-elle réellement indépendante? Nous ne savons pas ce que cela signifie. Est-ce facile d’accomplir nos actions? Cela est fonction de la détermination des populations. Mais nous n’avons jamais manqué d’achever ce que nous avons commencé.

Parmi vos chantiers, vous avez eu à débarrasser une carcasse de voiture dans un quartier de Yaoundé et même nettoyé récemment un cours d’eau pollué par des bouteilles en plastique…Selon vous, à qui incombe cette responsabilité , l’ État ? les citoyens ? ou les deux ?

Tout ce qui est bon et juste est urgent.
Quand un cours d’eau pollué favorise la propagation de la maladie dans un quartier, on ne réfléchit pas en termes de ‘qui a la responsabilité’ mais d’apporter une solution.

Nettoyage d’un cours d’eau (Avant)
Nettoyage d’un cours d’eau (Après)

Afin de pérenniser vos actions, pensez-vous à une sensibilisation, une éducation citoyenne en parallèle ?

Bien-sûr! Nous le faisons et comptons en faire davantage.
Déjà, nos chantiers intellectuels participent à cette éducation citoyenne.
Les chantiers physiques d’infrastructure représentent aussi une partie du projet de sensibilisation. Ils sont là… fermes et imposants. De milliers des gens s’y rendent pour voir et s’inspirer.
Notez qu’au moins trois mémoires ont été rédigés sur le modèle de mobilisation de GC.
En 2016, des membres du corps diplomatique au Cameroun ont invité GC pour leur parler de son modèle d’autonomisation et de conscientisation afin qu’ils puissent le répliquer dans leurs pays. Il faudrait donc mettre le concept GC à l’actif des exportations du Cameroun.
Et puis… La chance que vous nous donnez de communiquer la vision GC à travers votre site est aussi important dans ce sens.

A votre avis, les mentalités doivent-elles évoluées, si oui comment ?

Les Camerounais ont été bernés un peu trop longtemps. Ils ont été… ou se sont conditionnés à accepter le service minimum. Ils ne savent plus la différence entre ce qui leur revient de droit et ce qui est une faveur. Mais cela est en train de changer. Les mentalités évoluent. Les Camerounais, en plus grand nombre, se rendent compte qu’ils peuvent. Ils se lèvent de la léthargie et disent: «mon avenir dépend de moi». Quand on lui dit que tout va bien, il regarde autour de lui et se demande s’il a accès aux soins de santé, s’il a accès à l’eau potable, s’il vit dans un environnement sain, si sa formation le prépare au marché de l’emploi… Puis il décide de lui même si tout va bien. Alors nous pensons que les mentalités évoluent, mais cette évolution doit aller plus loin et pendant longtemps.

École à Madagascar, quartier de Yaoundé (Avant)

 

Ecole à Madagascar, quartier de Yaoundé

 

A l’heure actuelle, à part les citoyens lambda, y a-t-il des personnalités et des dirigeants qui vous soutiennent ?  D’ailleurs, de quelle manière peut-on soutenir ce mouvement ?

Eh OUI! De nombreuses personnalités nous soutiennent et j’ai hâte de les citer.
Je commence avec Diallo, et Bebeto et Idrissou… ces jeunes Camerounais du quartier Madagascar qui ont travaillé à titre volontaire pendant 60 jours pour construire des salles de classe qu’ils n’utiliseront jamais. Ils étaient là… au chantier… chaque jour… du début des travaux, jusqu’à la fin. Ils l’ont fait parce que le Cameroun en avait besoin.
Je pense à Théophile et Abobo… Ces jeunes de Damas qui ont construit un point d’eau servant des populations venant de quartiers lointains. Voilà, pour nous, des personnalités. C’est avec ce type d’effort et d’abnégation que le Cameroun émergera.
Je pense aux Professeurs d’université, aux médecins, aux commissaires de police, aux diplomates, aux ‘bayam sellams’, aux lions indomptables etc qui viennent prêter main forte dans nos chantiers… Voilà des personnalités.
Nous pensons de «dirigeants» PAS en termes de bénéficiaires des décrets de nomination mais en termes de leadership. Huit mois après l’achèvement du point d’eau de Damas, des jeunes continuent de se mobiliser chaque dimanche pour nettoyer l’ouvrage. C’est cela le leadership… C’est ce type de dévouement désintéressé qui devrait servir de modèle pour notre jeunesse. En anglais, on parle de « role model ».
Si des jeunes se responsabilisaient de cette manière, le Cameroun aurait atteint l’émergence en 2015 voire bien auparavant.

Idriss Carlos Kameni

De quelle manière peut-on soutenir ce mouvement?

Achetez un T-shirt GC…
Proposez-nous des projets…
Contribuez votre temps et votre énergie dans nos chantiers…
Faites savoir ce que GC fait…
Puis, ENCORE… ACHETEZ UN T-SHIRT.

Enfin, quel message souhaiteriez-vous passer aux jeunes camerounais ?

Ne soyez pas des spectateurs. Osez! Votre bien-être dépend de vous.

 

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