« J’ai toujours rêvé de devenir mon propre patron, la vraie question était quand ?  » Christian Ngan

11228031_1126285424072973_7704385928270991874_nVous avez eu à travailler dans le monde des finances notamment à la Société Générale en France… Qu’est-ce qui vous a poussé vers entrepreneuriat ? Et surtout dans le secteur du cosmétique ? Y a-t-il eu un déclic ?
J’ai toujours rêvé de devenir mon propre patron, la vraie question était quand ? Je suis passionné d’ingénierie financière, de capital développement et de fusions et acquisitions. J’ai fait mes études pour pouvoir intégrer les plus prestigieuses banques d’affaires et fonds d’investissement.

Je me disais que j’allais faire une carrière classique en passant d’Analyste à Associate, de Vice-President à Directeur et de Managing Director à CEO. Mais j’ai eu très vite le déclic, voudrais-je passer les 15-20 prochaines années à bosser très dur pour le rêve de quelqu’un d’autre ou bien ai-je la possibilité de créer mon rêve, là maintenant, tout de suite ? L’Europe était en crise et l’Afrique explosait. Je me suis dit, je dois faire partie de ce rêve africain. J’ai démissionné.

Quelles ont été vos motivations pour établir votre activité au Cameroun ?

La première motivation était simple. Le Cameroun c’est chez moi et j’y ai vécu plus de 20 ans. J’ai juste eu la chance de passer 10 ans à l’étranger pour voir autre chose. Cette expérience m’a beaucoup apprise. Le Cameroun a ses tares, comme un proche aurait des défauts, mais on l’accepte tel quel en se battant pour qu’il soit encore meilleur. Je me considère camerounais, africain mais surtout comme un être humain. Le monde est un grand village pour moi.

Le Cameroun a ses tares, comme un proche aurait des défauts, mais on l’accepte tel quel en se battant pour qu’il soit encore meilleur.

Alors qu’est-ce que ça fait d’être son propre patron? Et quel rapport avez-vous avec vos employés, rapport qui doit certainement être différent de celui vécu en France?

Je me considère avant tout comme un leader plus qu’un patron. Je préfère guider et inspirer plutôt que de donner des ordres. En Afrique, la dimension sociale est très importante donc j’ai un peu une attitude paternaliste vis-à-vis de mes employés.

Vous savez-quoi ? Aujourd’hui j’ai plus de 30 collaboratrices et je suis le seul homme de mon entreprise. Je me considère un peu comme leur grand frère, je suis un grand frère cool et j’essaie toujours d’avoir une attitude bienveillante afin que tout le monde puisse bien comprendre les enjeux de Madlyn Cazalis et partager la vision de l’entreprise. Je déteste les longues procédures, j’ai opté pour la créativité, la réactivité et le pragmatisme, j’aime avoir une organisation fluide et j’inculque çà à toutes les personnes avec qui je travaille.

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Quels ont été les obstacles rencontrés durant votre parcours d’entrepreneur de la naissance de votre idée à la première pierre de la fondation ?

Les principaux obstacles sont liés à la mentalité rigide. Je m’explique, au Cameroun nous avons énormément de talents, de jeunes gens créatifs mais on nous a trop habitué à la médiocrité. De plus certains complexes ont la peau dure. Il faut se battre férocement pour faire accepter un produit africain dont nous devons naturellement être fières. Ce combat est âpre mais avec Madlyn Cazalis, ce combat a porté ses fruits.

L’autre obstacle c’est la gérontocratie : on ne fait pas assez confiance aux jeunes et je vais même encore plus loin, on ne croit pas en la jeunesse. Pourquoi embêter sur le plan fiscal un jeune qui a envie de créer quelque chose pour son pays ? Pourquoi certains de nos aînés ne nous laissent pas la parole ? Pourquoi il existe si peu de concours pour entrepreneurs au Cameroun ? Pourquoi tout cela ? Donc aujourd’hui un jeune doit se battre 10 fois plus pour s’en sortir parce que ni nos gouvernements, ni notre environnement ne lui montrent qu’il existe encore de l’espoir.

L’Entrepreneuriat émerge souvent de la débrouillardise. Certains baissent les bras, paressent et d’autres choisissent le travail informel. Nous avons une manne terrible de jeunes talents. Il faut faire émerger cette génération qui a envie elle aussi de goûter au rêve camerounais.

En 2014, vous avez déclaré lors d’une interview que les principaux obstacles rencontrés sur le terrain étaient le manque d’encouragement des initiatives des jeunes. Est-ce que la situation s’est améliorée depuis ? Aussi, selon vous, comment surmonter aujourd’hui ce frein ?

Absolument pas, j’estime que rien n’a changé. Aujourd’hui les réponses doivent venir à la fois du public et du privé. Le public devrait impliquer plus les jeunes entrepreneurs dans les consultations et la vie publique économique de notre pays car on l’oublie sans doute mais les petites entreprises représentent plus de 90% du tissu économique local. Une remarque positive tout de même, je suis fière de voir que le travail de mon ami Arthur Zang, l’inventeur du Cardiopad commence à être reconnu dans notre pays. Vous constaterez encore une fois que ce sont les autres qui parlent plus de nous que nous le faisons. Concernant les initiatives privées, j’en appelle à nos ainés pour mettre en place plus d’incubateurs et de fonds de capital risque permettant l’accompagnement de toute cette manne d’entrepreneurs. J’ai entendu parler des initiatives de Rebecca Enonchong, fondatrice de AppsTech, dans les technologies, c’est très bien et je souhaiterai que d’autres avec de l’expérience puissent également guider voir financer de jeunes talents. De ce côté l’Afrique anglophone possède encore de l’avance sur nous.

Vous avez reçu plusieurs distinctions honorifiques, figuré dans de nombreux classements notamment dans le Top 30 des jeunes entrepreneurs les plus prometteurs 2014 par Forbes… Vous faites brillez le Cameroun à l’extérieur ! Est-ce qu’une telle reconnaissance internationale aide sur le terrain ? 

Concrètement nous pouvons avoir des centaines de distinctions mais si nous ne faisons pas de travail cela n’aidera personne. Disons que c’est une grande source de motivation mais surtout la reconnaissance de notre travail. Ces récompenses nous montrent que nous sommes sur la bonne voie et surtout c’est une manière comme une autre de faire connaître nos produits. Sur le terrain c’est surtout une aide en termes de crédibilité.

14355091_1263955350305979_2348368454025501268_nNos produits ont été testés, approuvés et plébiscités des dizaines et des dizaines de fois par des experts sur le plan local et international. Cela prouve que nous sommes des acteurs sérieux. Apparaître dans des magazines crédibles nous permet de solidifier notre emprunte. Madlyn Cazalis, qui fabrique 100% localement ses produits avec 100% de main d’œuvre locale, a déjà conseillé ou vendu des produits a plus de 100.000 femmes en moins de 4 ans, pas seulement au Cameroun mais également en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Sénégal, au Congo, en France…

Je suis un industriel cherchant à vendre les produits avec la meilleure qualité possible en Afrique et partout ailleurs. Un bon produit ce n’est pas seulement la forme (packaging, publicité), c’est surtout l’assurance que le besoin du client sera satisfait, s’assurant que le fond soit solide. Nous avons une identité, un packaging volontairement minimaliste et ces organismes ou magazines ont su détecté cette subtilité et ont été charmé par le pouvoir de la marque. Notre souhait est que plus de 50 millions de femmes africaines puissent d’ici 10 ans adopter Madlyn Cazalis comme faisant partie de leur vie.

Quel message souhaitez-vous porter auprès des consommateurs à travers vos produits cosmétiques Madlyn Cazalis?

Mon message le plus important est assez direct : mesdames arrêtez le décapage, arrêtez d’essayer de vous blanchir la peau pour plaire à quelqu’un ou ressembler à quelqu’un d’autre, soyez fières de la peau que Dieu vous a donné. La peau noire est fantastique, elle vous protège, entretenez là et préservez. J’entends souvent : « mais c’est à cause de vous les hommes que nous faisons cela » ou bien « si je suis plus claire, il va plus s’intéresser à moi, c’est la couleur là qui passe sur le marché ». Croyez-vous vraiment qu’il n’y a que des femmes claires qui trouvent l’homme de leur vie ? Je ne crois pas. Une peau, peu importe sa couleur, doit s’entretenir.

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Je voudrai surtout sensibiliser les femmes aux réels dangers liés à la dépigmentation volontaire de la peau. Il y a plusieurs mois de cela, ami médecin a reçu une femme accidentée légère de la route avec une énorme cicatrice le long de la jambe, adepte des produits éclaircissants, communément appelés « tchatcho » en Afrique de l’Ouest, il lui a fallu plus d’une heure pour essayer de suturer la peau. Et vous savez quoi, les points de suture n’ont pas tenu, elle a eu du mal à cicatriser pendant plusieurs mois. Très sensibles aux infections environnantes, cette jeune dame a rendu l’âme peu après…sa peau était beaucoup trop sensible pour supporter les moindres attaques de son environnement.

Tout çà à cause d’une plaie. Si par voie topique la peau est fragilisée, je ne vous parle pas des femmes qui s’injectent. Hypertension, dérèglements hormonaux, cancers, odeurs désagréables, vergetures, développement de la pilosité faciale etc…la liste des effets indésirable est longue. J’encourage les femmes à utiliser des produits adaptés à leur peau, naturels ou non, çà c’est un choix personnel. Madlyn Cazalis propose aujourd’hui 25 produits avec des ingrédients naturels issus des sols africains. Nous pouvons hydrater, tonifier, réparer, homogénéiser, nettoyer la peau, en fonction des besoins. Nos produits ont déjà fait leurs preuves et cela fait presque 4 ans que notre clientèle grandit et nous fait confiance.

A l’heure où les produits éclaircissants prolifèrent sur le marché africain et à l’occurence camerounais et le décapage restant une pratique profondément ancrée dans nos mœurs, comment arrivez-vous à vous démarquer ?

Nous faisons beaucoup de sensibilisation et d’éducation de notre clientèle. Nous rappelons partout, sur notre site, nos brochures et autres supports de communication que Madlyn Cazalis lutte activement contre la dépigmentation de la peau. Nous mettons en avant des femmes noires avec tout type de teint, notre nouvelle égérie a un joli teint noir ébène. Mais notre plus grand argument reste la qualité de nos produits. En effet, sur un panel récent de 200 femmes de 18 à 55 ans de début janvier 2016, nous avons un taux de satisfaction sur les effets attendus de plus de 95% après une première utilisation des produits Madlyn Cazalis. C’est le meilleur argument pour montrer que vous pouvez rester belle en utilisant des produits naturels 100% Made in Africa.

Peut-on pensez que Madlyn Cazalis mène quelque part le combat contre cette pratique dangereuse qu’est le décapage, car à l’évidence vous proposez des produits bio, locaux et fait-mains ?

Oui absolument, c’est l’un des combats de Madlyn Cazalis : la revalorisation de la peau noire africaine grâce à l’utilisation de produits bio africains.

Au Cameroun,  il n’existe pas vraiment de réglementation sur l’activité cosmétique. Seul le secteur pharmaceutique possède des normes appliquées. Avez-vous été confronté à ces normes pour Madlyn Cazalis ? Comment vous êtes-vous rassuré que vos produits soient réglementés ?

Effectivement, le Cameroun a tardé à mettre en place des normes cosmétiques ce qui a permis au marché de se voir inondé par une masse de produits « cheap » et de mauvaise qualité. Madlyn Cazalis dès le départ s’est organisé de telle manière à respecter toutes les normes internationales en s’assurant d’avoir le plus haut degré de sécurité des produits.

Ce n’est qu’il y a 2 ans que l’ANOR (Agence de Normalisation camerounaise) a commencé réellement à se pencher sur la question. En tant qu’acteur local clé des cosmétiques au Cameroun j’ai eu a assisté à de nombreuses réunions de concertations avec l’organisme et d’autres acteurs du secteur (importateurs, industriels, société civile, distributeurs) pour étudier le bon respect des normes sur le marché. Une proposition en coulisse m’a même été faite d’intégrer le comité technique.

Nous sommes aux balbutiements mais aujourd’hui il existe déjà une quinzaine de normes. Madlyn Cazalis a toujours eu une démarche internationale et c’est pour cela que depuis le début, et même sans la puissance de multinationales, nous nous sommes toujours conformés à ces normes de qualité.

D’ailleurs, par cette quasi absence de réglementation, est-ce que cela signifierait qu’un particulier pourrait se lancer dans le cosmétique comme il le voudrait au Cameroun ?  Éclairez-nous sur ce sujet…

Comme je vous l’ai dit plus haut, il existe déjà des normes donc il y a toute une réglementation à suivre pour pouvoir fabriquer mais également importer des cosmétiques. Chaque individu est libre de fabriquer ce qu’il veut chez lui mais à partir du moment ou çà touche la santé publique il y a quelques précautions à prendre.

Enfin, un mot pour tout jeune Camerounais qui souhaite se lancer dans le secteur du cosmétique ?

Ne vous trouvez pas des raisons de ne pas vous lancer. Connaissez bien votre marché, évaluez les risques, ne faites pas les choses par mimétisme et commencez avec les moyens du bord. Sachez également que se lancer implique beaucoup de sacrifices sur le plan personnel (sorties, amusements, vacances…) car la vraie réussite provient uniquement du travail.

 

Ne vous trouvez pas des raisons de ne pas vous lancer.

 

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